Soda Mariame Diallo.

« Je m’appelle Soda Mariame Diallo. Agée de 40 ans, je suis Directrice Générale et propriétaire de la plus grande entreprise de Transformation de produits halieutiques de l’Afrique de l’Ouest. Il y a dix ans de cela, j’ai abandonné mon mari et mes enfants pour retrouver mon identité, pour guérir de mes blessures ; des blessures dues à de sempiternelles déchirures émotionnelles.

Je me suis rebellée contre moi-même dans le but de réaliser mes rêves, mais aussi de laisser mon emprunte dans ce monde, en tant que femme forte, libre et influente. »

 Le choc

Il était presque minuit lorsque Soda se dévêtit laissant tomber ses habits sur le tapis. En chemise de nuit, elle donna un tour de clé à la porte avant de se recoucher.

Il n’y avait plus rien à faire. Les travaux ménagers étaient terminés. Elle avait failli appeler son mari pour lui demander comment s’était passée sa journée, puis s’était ravisée. Il lui avait dit qu’il était allé en mission dans un village où il n’y avait pas de réseau.

Couchée sur le dos, Soda commençait à dormir lorsqu’une voix devant la porte de sa chambre l’arracha de sa somnolence. Elle demeura ébahie pendant un bon moment lorsqu’elle ouvrit la porte.

Saliou, le meilleur ami de son mari se tenait devant elle, une enveloppe entre les mains.

– Saliou ? Que se passe-t-il ? lui demanda-t-elle dans un murmure à peine audible. La crispation se lisait sur son doux visage.

Saliou, tête baissée, demeura dans un mutisme parfait.

– Bon sang que se passe-t-il ? s’écria-t-elle, tellement la peur étreignait son cœur.

– Tiens, lâcha-t-il finalement en lui donnant l’enveloppe. Ton mari m’avait demandé de te l’apporter aujourd’hui.

A peine eut-elle prit l’enveloppe qu’il lui tourna le dos avant de s’en aller tel un ouragan.

L’enveloppe entre les mains, Soda avait le cœur qui battait la chamade. Assise sur son lit, elle était incapable de l’ouvrir. Son esprit en ébullition lui envoyait des images effrayantes.

Après 15 minutes d’hésitation, elle s’exhorta au calme puis l’ouvrit.

« Soda,

J’imagine que tu as deviné que le contenu de cette lettre ne te plairait pas. J’essayerai d’être bref autant que faire se peut.

Cela fait deux ans depuis que nous sommes mariés. Deux longues années où je fus astreint à partager ma demeure et mon lit avec une femme que je n’aimais pas ; avec une femme que j’ai épousée pour faire plaisir à mes parents. Soda je suis harassé, je n’en peux plus. Continuer de vivre avec toi est au-delà de mes forces.

Quand tu recevras cette lettre, je serai sans doute en France avec la femme que j’ai épousée la semaine passée. Mon avocat te contactera pour te remettre les papiers de divorce. Je te laisse l’appartement et la voiture. Puissions-nous nous retrouver.

Khadim Diop

Soda n’en revenait pas. Tout était confus dans sa tête. Elle avait l’impression que le ciel allait lui tomber dessus. Elle éprouvait une souffrance terrible, une douleur viscérale. Aucun mot gentil, aucun résonnement ne semblait tarir la source brulante de ses larmes ; des larmes versées à cause de l’amère nouvelle qu’elle venait d’apprendre.

Son visage baigné de larmes laissait paraitre un être désincarné. Sur un coup de tête, elle se leva, fit ses ablutions, puis pria. Seule la prière pouvait l’apaiser ; seule la prière pouvait atténuer cette douleur lancinante que lui avait infligée son mari.

Ce jour-là, Soda passa la nuit sur le tapis. Elle ne saurait dire pendant combien de temps elle a prié…

Hier, j’ai reçu une lettre

Le lendemain, après la prière du matin, Soda allait voir sa belle-mère. L’angoisse se sentait au bout du fil lorsqu’elle l’appela pour lui dire qu’elle avait besoin de lui parler et qu’elle était en route.

Quand elle l’avait vue entrer dans le salon de la vaste demeure, elle s’était levée pour entendre ce qu’elle avait à lui annoncer, mais elle semblait à présent sur le point de s’évanouir. Ses yeux roulèrent dans leurs orbites, et elle l’aida à s’asseoir avant de faire signe à une domestique d’apporter un verre d’eau.

 

— Calme-toi, ma fille. Tiens, lui dit-elle en lui donnant le verre d’eau.

Elle le but d’un coup. Elle était incapable de décrire ce qu’elle ressentait à l’instant précis. Depuis toute petite, sa vie ne fut qu’une succession de problèmes, de douleurs et de peines.

 

— Que se passe-t-il ma fille ? lui demanda-elle en lui caressant délicatement la main. Est-il arrivé quelque chose à mon fils ?

 

— Non, il va bien, répond-t-elle d’une voix enrouée, en ouvrant son sac à main. Elle en sortit l’enveloppe que Saliou lui avait donnée la veille.

Tiens, dit-elle en la lui remettant.

 

L’enveloppe entre les mains, sa belle-mère sentait que quelque chose de terrible s’était produit. Les larmes coulaient à flot sur ses joues avant même qu’elle n’eut terminé la lecture. Une vive déception peignit aussitôt son visage.

 

— Il… Il est parti, articula-t-elle, encore chavirée d’extase.

Les mots s’étranglèrent dans sa gorge, et Soda fondit en larmes dans ses bras. Elles restèrent ainsi pendant une dizaine de minutes.

 

Sa belle-mère était submergée d’un mélange de honte et de culpabilité. Elle n’aurait jamais cru que son fils aurait le culot d’infliger une telle souffrance à Soda alors qu’il savait tout ce qu’elle avait enduré durant son enfance.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *